Site officiel de la Commune d'Arfeuilles


Splendeur, Misères et Décadence de Montmorillon

Si vous cherchez Montmorillon sur Google (Wikipédia), ne croyez pas avoir trouvé, car c’est vers une ville du département de la Vienne que vous allez être dirigé. De toute évidence, ce n’est pas du nôtre qu’il s’agit !

Le nôtre, il est bien sur la commune d’Arfeuilles, enfin !

Alors, si par aventure, ayant pris la route qui, du bourg d’Arfeuilles vous conduit à Chatel-Montagne, et que, arrivé en un lieu dit «La Croix des Chabannes», vous tournez sur votre gauche, vous ne pourrez pas le manquer. Après avoir traversé le Bois du Four, laissé sur votre gauche le ‘village’ Barret, traversé les ‘villages’ * Epalle, la Grange Bernard et Vincent, montmorillon vous allez rencontrer sur votre droite un énorme amoncellement de pierres recouvert d’arbres et de lierre: c’est ce qui reste de Montmorillon, c’est ce que les hommes et le temps ont fait d’une des plus formidables forteresses de jadis.

* dans la Montagne Bourbonnaise, ‘village’ veut dire ‘hameau’.

Voulez-vous entrer avec nous dans l’histoire? Alors suivez le guide !

Pour ce faire, nous emprunterons l’excellent ouvrage écrit en 1963 par Madame Lucienne Valléry: «Histoire d’Arfeuilles en Bourbonnais». Il est fort bien documenté et parvient à tirer au clair une histoire fort compliquée et souvent tragique.

L’histoire semble commencer vers 1256 lorsque Guillaume de Montmorillon prend en fief du Comte de Forez un certain nombre de terres entourant une maison forte qui par la suite devint le château. En 1300, un de ses descendants rend hommage au sire de Bourbon du château et de la terre seigneuriale de Montmorillon. C’est à cette époque ( vers 1250 ) que le Seigneur de Montmorillon, allié avec le Seigneur de Chatelmontagne, dans un combat mythique qui eut lieu sur le site du Rez Biron ( commune d’Arfeuilles ) battirent et tuèrent le sire d’Arfeuilles. Le sire de Montmorillon en profita pour agrandir ses propriétés. Se succédèrent ensuite un certain nombre de seigneurs parmi lesquels Regnault de Bressolles qui obtint en dot cette seigneurie de son épouse Blanche de Montmorillon. Il semble que Montmorillon passa ensuite dans les possessions de la famille de Chauvigny qui l’aliéna vers 1449 à un certain Jousselin du Bois, lequel le revendit à Roffec II de Balzac d’Entragues, qui avait acheté en même temps la terre de Saint Clément. Ouf ! Tout cela est bien compliqué; et encore, ce n’est qu’un résumé ! Mais enfin cette tranche d’histoire couvre environ deux siècles et on mourait jeune à cette époque.

Tout est alors prêt pour que Montmorillon devienne une puissante seigneurie et entre dans l’histoire.

Le 30 mai 1431, sur la place du vieux marché à Rouen, les Anglais firent brûler vive Jeanne d’Arc, après qu’elle eût fait sacrer à Reims le roi Charles VII. Ce dernier entreprit alors de reconquérir la France. Il fut grandement aidé par Jean de Balzac.

Originaire de Balzac prés de Brioude (Haute Loire), Jean de Balzac d’Entragues, époux d’Agnès de Chabannes, fille du Maréchal de La Palice (province du Bourbonnais), Jean, donc, consacra une partie importante de sa fortune à chasser les Anglais de notre territoire.

Son fils Roffec II avait épousé le 16 février 1454 Jeanne d’Albon, fille d’Antoine d’Albon, Seigneur de Châtillon d’Azergues (Rhône). Il était un des favoris du Roi; et c’est lui qui acheta Montmorillon et Saint Clément et commença à transformer la simple maison forte en une puissante forteresse.

Roffec était capitaine de 100 hommes d’armes issus des 4000 archers de France. En 1467, il assiégeait le château de Buxy (Saône et Loire), appartenant aux Bourguignons, alliés des Anglais. Attaqué par une troupe de 6000 Bourguignons, il soutint cette attaque pendant quatre heures. L’armée du Roi arriva à son secours et remporta une victoire complète sur l’ennemi, qui laissa prés de 5000 hommes sur le champ de bataille.

En récompense, Roffec fut nommé chambellan du Roi, puis sénéchal de Nimes et de Beaucaire, gouverneur de Pont Saint Esprit et chevalier de l’ordre de Saint Michel, et, en 1472, Louis XI ajouta, à ces faveurs les terres de Marcillac et de Cassaignes. Il mourut le 25 octobre 1473 et fut inhumé dans la chapelle Saint Julien de Brioude. Il laissait sept enfants dont deux fils: Roffec III et Geoffroy. Roffec suivit le Roi Charles VIII dans son expédition en Bretagne et y mourut sans laisser de postérité. C’est donc Geoffroy qui hérita de toutes les possessions de son frère.

Geoffroy avait été élevé à la cour comme page du roi Charles VIII. Il fut Conseiller et Chambellan de ce même Charles VIII qui créa en sa faveur une foire à Saint Clément.

Vers 1503, Geoffroy épousa Claude Le Viste, fille de Jean le Viste, premier Président à la Cour des Aides, qui lui apporta en héritage la seigneurie d’Arcy en Brionnais.

montmorillon

Le Roi ayant fait venir d’Italie des ouvriers, il en profita pour faire embellir Montmorillon et en particulier édifier le donjon dont il reste les ruines contenant une salle basse, où on retrouve à la clef de voûte les armes des Balzac. montmorillon Seize mètres de côté, cinq étages, c’était bien plus qu’une simple forteresse: c’était un lieu sûr où les châtelains ont aimé séjourner jusque vers 1715.

On peut estimer que c’est vers 1500 que Montmorillon perdit de son importance car souvent noyé dans une multitude d’autres possessions, simple pion sur un échiquier, le domaine était ballotté au gré des héritages, et des procès en héritage.

Geoffroy étant décédé en instituant Claude comme seule héritière, celle-ci se remaria en 1516 avec Jean de Chabannes frère puiné du célèbre maréchal Jacques de Chabannes-Lapalisse. Jean fut tué à la bataille de Rebec en avril 1524. Il laissait ses biens à son frère Jacques, y compris ceux hérités de son épouse Claude dont Montmorillon. Jacques fut tué à la célèbre bataille de Pavie en 1525 («un quart d’heure avant sa mort, il faisait encore envie», qui passa à la postérité, écrit sous le nom de vérité de Lapalisse ou Lapalissade par: un quart d’heure avant sa mort, il était encore en vie ).

Son fils Charles épousa en secondes noces Catherine de la Rochefoucault. Dans le contrat de mariage, il est qualifié de gentilhomme de la cour du Roi, sieur de La Palice, Montmorillon, Montaigu-le Blin, Arcy et Saint-Sorlin, baron et seigneur des Baronnies de Châtelperron, Chézelle et Dompierre, Vendenesse, La Bussière, Châtillon d’Azergues, Baigneaux et Lièrgues, et seigneur de Chaveroche. Ouf ! Montmorillon est bien petit dans tout cela !

Quand il était en possession de Montmorillon, Charles fit planter une croix au lieu que nous avons cité au début pour marquer la limite avec le fief d’Arfeuilles, qui, lui, appartenait aux seigneurs de Vichy - Châtel-Montagne - Arfeuilles.

De procès en héritages, on arriva à Marie Robertet qui en 1568 était seule possesseur des terres d’Arcy, de Montmorillon - Saint Clément ainsi que du fief de Bellecour que le Cardinal de Tournon, Archevêque de Lyon avait érigé en fief au profit du frère de Marie. Elle avait été mariée avec André de Guillard, conseiller du Roi Henri II, seigneur de quelques terres dans la province du Maine.

Débuta la période trouble des guerres de religion et de la ligue. Le château d’Arcy fut pris et pillé ainsi que celui d’Arfeuilles. Marie de Guillard se réfugia avec son fils Louis dans la forteresse de Montmorillon. Leur situation financière étant désastreuse, ils vendirent à André Popillon, Baron de Châtel-Montagne leur portion des grandes dîmes d’Arfeuilles. Elle mourut vers 1617, son fils Louis l’ayant précédée, le premier novembre 1616, en laissant quatre enfants sous la tutelle de leur mère, Marie Raguier: Philippe, Marie, Suzanne et Louis.

C’était un triste sire que ce Philippe qui avait reçu en héritage les terres qui lui revenaient dans la province du Maine. S’estimant lésé il s’enferma dans le château d’Arcy et se proclama baron d’Arcy. Dès le 5 septembre 1616, il recevait un ordre de bannissement du royaume pour une période de cinq ans, accusé d’avoir battu fausse monnaie. Gracié, il fut condamné pour vol et pillage suivis de rébellion à la justice, au bannissement à vie. Encore gracié, en 1625, il était chambellan du Roi Louis XIII. Il se livra à une tentative d’assassinat sur la personne de M. Regnauldin, procureur général du Grand Conseil. Il fut condamné par contumace à avoir la tête tranchée. Mais il s’était réfugié à Liège où il s’était marié. En 1649 il rentra en France et s’installa au château d’Arcy. Les troupes du Roi vinrent l’y cueillir et le conduisirent à la prison de la conciergerie de Moulins puis à la tour de Bourges, d’où il trouva encore le moyen de s’évader. Il ne fut pas repris et mourut en 1654. Il était extrêmement cruel et les paysans qui souffrirent énormément de ses cruautés désignaient leurs truies par le nom de «guillardes». On dit qu’il résista dans le Château de Montmorillon aux troupes de Richelieu et qu’il réussit à s’enfuir par des souterrains. Richelieu en profita pour faire démanteler l’édifice. Une lézarde dans le donjon reste le témoin de l’opération.

montmorillon

Nous avions laissé Montmorillon dans les mains de Paul de Guillard, neveu de Philippe, qui embrassa la carrière des armes et, pour acheter son grade, dut aliéner Montmorillon et Saint Clément en faveur de son beau frère Antoine de Valadoux. Paul avait épousé vers 1661 Marie Mahaut, fille de Mathurin Mahault, maître d’hôtel du Roi Louis XIV et receveur du sceau de la Chancellerie du Palais à Paris. Le Roi l’avait fait Marquis, mais à sa mort, en 1680, il était pratiquement ruiné. Montmorillon et Saint Clément furent vendus aux enchères et c’est Antoine de Valadoux qui en devint propriétaire.

Antoine de Valadoux était originaire d’Auvergne, seigneur de Perthus, possesseur de la terre de Saint-Laur, prés de Maringues. Il prit le titre de Marquis. Il vivait le plus souvent à Arcy. Il eut un fils né à Montmorillon: Paul. Antoine mourut vers 1705. Il était alors gouverneur de Mont Louis dans les Pyrénées orientales, il était marquis d’Arcy, de Montmorillon et de Saint Clément comte de Perthus et seigneur de Saint-Laur. Il avait dû aliéner une partie de Montmorillon au Maréchal d’Humières, seigneur de Châtel-Montagne et Arfeuilles, ne conservant que le château et quelques lopins de terre. Antoine était fort cruel et était surnommé «Le Loup». Il était aussi surnommé «avalou de pretus» en patois, ce qui signifie «avaleur de trous». Mais quels trous? A moins qu’il ne s’agisse simplement de Perthus.

La légende dit qu’un jour, il rencontra la brune Jocquette, fille de Jacquet, un de ses serviteurs. Elle gardait ses chèvres sous le Rocher des Is, aujourd’hui recouvert de Bois. Elle avait la peau si blanche qu’on «lui voyait le vin couler dans les veines». Elle chantait la complainte de Saint Pardoux, le saint patron de la paroisse d’Arfeuilles. Elle avait une voix si puissante qu’on l’entendait de fort loin. Perthus en fut follement amoureux et, passant aux actes, il lui jeta son gant, la priant de le lui ramasser, ce que fit la Jocquette obéissante, et, alors qu’elle lui tendait l’objet, Perthus la saisit par le poignet, la souleva, la mit contre lui et piquant des deux, l’emmena jusqu’à Paris où ils menèrent grand train.

La même légende dit que pendant ce temps, Madeleine Mahaut, l’épouse légitime, pour se venger, fit décheviller la charpente du château, ne laissant qu’une cheville qui maintenait la solidité de l’édifice. Quand au bout d’un an, le mari volage revint avec une petite troupe, Madeleine leur fit une grande fête, les fit bien boire, et quand ils fut bien ivres, elle alla enlever la fameuse cheville et tout le monde périt dans l’incendie qui suivit, et le château ne fut jamais reconstruit. On ne sait pas ce qu’il était advenu de la Jocquette. C’est une légende !

montmorillon montmorillon

En 1707, Paul de Valadoux succéda à son père. En 1718 il vendit Montmorillon et Saint Clément à Gilles Brunet d’Evry, seigneur de Lapalisse, Châtel-Montagne et Arfeuilles, et gouverneur du Bourbonnais. La famille de Gilles était originaire de Beaune en Côte d’Or. Cette famille conserva Montmorillon, Châtel-Montagne et Arfeuilles jusqu’en 1826. A cette date elle vendit les terres aux paysans, donnant à ceux qui en achèteraient l’autorisation de prendre des pierres dans le château pour construire leurs maisons et granges. Certains, peu scrupuleux, en revendirent fort loin. Le temps et les intempéries firent le reste: une énorme ruine.

De cette fresque historique on peut conserver l’image de femmes fortes qui défendirent leurs biens et leurs enfants contre les entreprises d’hommes peu soucieux d’humanité et de morale.

Il reste encore à une petite distance du donjon une petite chapelle dont la cloche ne demande qu’à sonner si on tire sur la corde. Elle fut fondue en 1903 par C. Barbier, fondeur à Moulins. Elle porte l’inscription: Je m’appelle Jeanne Marie et je sonne pour les orages. Cela préserve de la grêle. C’est un phénomène météorologique parfaitement expliqué. La précédente cloche portait l’inscription: « a fulguribus et tempestate libera nos domine»**. Mais de quels orages et de quelles tempêtes? Bien au delà des phénomènes atmosphériques, il y eut tous les drames humains !

** «de la foudre et de la tempête, préserve nous, Seigneur !»


haut de page

Photos: Jean-Pierre François

site Web:   www.small-world-websites.com